Conséquences de l’accord de l’OMC sur la libéralisation des télécommunications signé en 1987, la privatisation des télécommunications africaines a du plomb dans l’aile. Opération d’envergure devant permettre aux opérateurs historiques jusqu’ici en situation de monopole de se préparer à la concurrence et a la conquêtes de nouveaux marchés à l’extérieur pour compenser les pertes subies sur leur territoires, elle a beaucoup plus servit de moyen de pression de la part du FMI (Fond Monétaire International). En effet l’ouverture du marché des télécommunications est une des premières conditions pour obtenir les prêts d’ajustement structurel. Peu de pays résistent. Le bilan est extrêmement mitigé. Des pays comme le Sénégal et l’Afrique du Sud sont présentés comme des réussites, à l’inverse du Niger et du Cameroun mauvais exemples du processus de privatisation en Afrique. Les privatisations sont encore difficiles sur le continent à l’heure où la fracture numérique suscite nombre de conférences internationales. En ces grandes rencontres, décideurs économique et politiques affichent leur volonté de combler le fossé entre pays du nord et pays en développement, mais ils oublient très souvent que la base est faussée. Comment peut-on prétendre par exemple au Bénin combler un fossé numérique alors qu’une simple séparation de pouvoirs entre les postes et les télécommunications dure depuis 2002. Bénin Télécom a été créé par décret présidentiel et depuis rien. En résumé, les infrastructures existent (SAT3, RASCOM, etc.).Il reste à les alimenter en fonction de nos propres réalités. Nouveau né de ces « ambitions africaines » : l’OHADA des télécommunications. Affiliée de l’harmonisation du droit des affaires, l’OHADA des télécoms a pour objectif de moderniser et d’harmoniser le cadre réglementaire des télécoms d’ici à l’horizon 2006. Les autorités de régulation des pays de l’Afrique noire francophone ont donc décidé d’unir leur force pour créer un environnement favorable aux grands principes réglementaires notamment en matière d’ouverture de marchés, d’accès facilités, de transparence et de sécurité des communications. Les spécialistes en la matière savent très bien que la tâche ne sera pas facile. Quand on sait que pour des raisons politiques ou « personnelles », un opérateur de téléphonie mobile n’a pas pu officiellement lancer son réseau le mois dernier à Bangui faute d’interconnexion avec l’opérateur historique alors que les textes prévoient des dispositions légales en la matière. L’idée est vraiment louable. Mais il ne s’agira pas non plus de transposer intégralement le modèle européen en Afrique.
L'European Competitive Telecommunications Association (Ecta), qui regroupe les opérateurs télécoms soucieux d'améliorer le cadre concurrentiel en Europe, a misé toute son autorité sur l'efficacité des régimes nationaux de régulation des télécommunications. Dans une étude comparative sur l’efficacité quelle a publié récemment, l’ECTA constate que l'efficacité des régimes de régulation varie significativement d'un pays à l'autre alors que l'ensemble des pays de l'Union européenne sont censés tendre vers une harmonisation des législations nationales en conformité avec le cadre règlementaire européen. Certes les réalités ne sont pas les mêmes en Afrique, mais cet exemple permet de se rendre compte de l’ampleur de la tâche. Il s’agira donc de respecter les différences (politique, économique, sociale, etc.) des uns et des autres afin d’adapter un processus d’harmonisation par rapport à l’état des infrastructures de télécommunication. Ainsi la forte croissance des services de télécommunications en Afrique ouvrira la voie à de nouveaux marchés et surtout à de nouveaux profits pour les opérateurs. Ce nouvel outil a également pour mission de réduire la fracture numérique Nord-Sud et notamment entre l’Afrique et le reste du monde. Qu’il soit donc inscrit en priorité dans le fonds de solidarité numérique (FSN) créé à l’initiative du président Abdoulaye WADE lors du sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui s’est tenu à Genève en décembre 2003. C’est notre vœu pour sa prospérité. OL
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